Révision de la Constitution : le pouvoir face à ses contradictions

Tsa; le Lundi 11 Janvier 2016
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Dire que l’avant-projet de révision de la Constitution ne fait pas l’unanimité serait un euphémisme. Hormis les partis du pouvoir que sont le FLN et le RND et leurs organisations satellites, l’ensemble des partis politiques s’est montré défavorable vis-à-vis du texte pour son manque d’avancées sérieuses et pour le doute qui plane sur les intentions du pouvoir avec cette révision.
Du Parti des Travailleurs de Louisa Hanoune, qui qualifie le texte de « mascarade », au Front des forces socialistes (FFS), qui considère que le texte « sera certainement adopté dans les mêmes conditions arbitraires que les précédentes » révisions, en passant par le MSP, qui affirme que « cette Constitution n’est ni consensuelle, ni porteuse de réformes », les voix qui se sont élevées contre l’avant-projet de révision de la Constitution auront été nombreuses.
Pourtant, si l’on s’en tient à lire et à regarder les médias publics, on serait forcé de croire que la révision de la Constitution ne souffre d’aucune contestation. La consigne donnée par les hautes instances du pouvoir semble avoir été claire : la révision constitutionnelle doit paraître comme étant le fruit d’un large consensus, même si la réalité dit peut-être le contraire.
Du coup, dans les médias publics, nous n’avons droit qu’à une seule version, celle des partisans de la révision. Huit jours après l’annonce de l’avant-projet par Ouyahia, aucun parti ou personnalité d’opposition n’ont pu s’exprimer sur les médias publics. Pire : l’ENTV, la Radio nationale et les journaux publics censurent les partis et les personnalités qui critiquent ou formulent des réserves sur le texte.
Paradoxalement, parmi les mesures introduites par l’avant-projet de loi de révision de la Constitution, figure l’article 42 bis qui prévoit entre autres de faire bénéficier aux partis politiques d’« un temps d’antenne dans les médias publics », et ce « sans discrimination ».
Aurait-il été envisageable que le pouvoir, dans sa quête illusoire de sincérité, ouvre avant l’heure la porte des médias publics aux partis afin qu’ils disposent d’une plateforme égalitaire pour exprimer leur opposition à l’avant-projet de révision de la Constitution ? Dans un monde idéal où le pouvoir ferait véritablement preuve de bonne foi, évidemment que oui. Dans le monde réel, néanmoins, le pouvoir devrait plutôt se contenter d’arrêter sa tentative de faire passer la révision de la Constitution pour autre chose qu’elle n’est vraiment, à savoir un outil pour faire pérenniser le système en place.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Yacine Babouche

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