Ryad Boulanouar, le Franco-Algérien qui bouscule la carte bancaire en France

Tsa; le Lundi 18 Janvier 2016
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Le numérique ringardise la vieille monnaie. La plupart des achats en France et dans les pays européens s’effectuent maintenant souvent par carte bancaire et parfois par chèque. Le numéraire ne sert plus à grand-chose, à part pour se payer un café ou acheter une baguette de pain… Mais tout cela repose sur une condition : avoir un compte bancaire.
Pas nécessairement facile pour toute une catégorie de la population : les adolescents, les sans-emploi et ceux qui ont perdu leur compte, les interdits bancaires. Sans parler des coûts générés par l’ouverture d’un compte : des frais bancaires chaque année plus élevés (192 euros en moyenne par an pour les banques françaises), avec des coûts inflationnistes en cas de dépassement du crédit autorisé. Bref ! Pour une frange importante de personnes aux revenus modestes ou irréguliers, les services bancaires sont loin d’être faciles à gérer, voire inaccessibles.
C’est sans compter sur une innovation, le compte Nickel. L’idée, lancée par le Franco-Algérien Ryad Boulanouar, est simple : permettre à tout un chacun d’ouvrir un compte en cinq minutes dans un bureau de tabac, obtenir une carte bancaire dans le même temps, en ne donnant que son nom et son adresse. Lancé en 2015, le compte Nickel a déjà séduit 220 000 clients et la société qui l’a développé, la Financière des paiements électroniques, a lancé son offre dédiée aux 12-18 ans en septembre dernier, qui devrait conquérir 100 000 jeunes clients. Entretien avec son fondateur, Ryad Boulanouar.
Pouvez-vous nous donner en ce début d’année, quelques chiffres de votre progression ? Et quelles ont été les réactions du monde bancaire à votre initiative ?
1 144 buralistes diffusaient la carte Nickel à la fin 2015. Nous nous fixons l’objectif de 2 300 points de vente dans ce réseau dans l’année qui vient. Lancée en 2014, le Compte Nickel a atteint 220 000 clients en fin d’année et nous fixons l’objectif de 500 000 clients Nickel pour l’année 2016. L’annonce par quelques grands établissements bancaires en fin d’année 2015 d’une augmentation substantielle de la facturation de la tenue de compte a contribué au succès de notre formule qui touche, nous le constatons, un public bien plus large que celui des « interdits bancaires ». Les grandes institutions bancaires n’ont peut-être pas perçu d’emblée cette réalité et certains semblent aujourd’hui s’en inquiéter. Les banques traditionnelles ont quelques difficultés à intégrer les innovations techniques liées au numérique, aux changements d’habitudes et aux nouvelles exigences des consommateurs.
Justement, quels sont les publics demandeurs de la carte Nickel ?
La surprise fut que notre cible initiale, les gens en exclusion, les nombreux salariés qui connaissent des fins de mois difficiles, les interdits bancaires, s’est considérablement élargie. 60% de nos clients sont des actifs, dont 40% sont des salariés disposant d’un revenu entre 1 300 et 1 700 euros par mois. Il y a 5% de cadres et 15% de travailleurs indépendants. Mais nous comptons un nombre significatif de hauts revenus, qui utilisent notamment leur compte Nickel qui donne droit à une carte Visa international, pour leur déplacement à l’étranger. Ce ne sont que de grandes tendances constatées, elles concrétisent néanmoins deux de nos convictions : tout le monde a le droit d’ouvrir un compte Nickel mais nous ne fichons pas nos clients, nous ne scrutons pas leur mode de consommation. Ils sont libres. L’argent de nos clients leur appartient, les capitaux ne sont pas placés mais mis sous séquestre sur un compte « de cantonnement » au Crédit mutuel. Une sorte de coffre-fort électronique.
La Banque de France vous a-t-elle donné facilement l’agrément pour la création de cette banque très originale ?
Non, cela n’a pas été facile. Trois ans et demi de négociations et d’expertise avec au final un dossier de 4 800 pages. Une épreuve difficile, coûteuse avec 24 millions d’euros pour cette seule épreuve mais qui finalement ne peut que rassurer nos actuels et futurs clients !
Un début prometteur en France mais la carte Nickel est-elle exportable ?
L’Union européenne est notre prochain terrain d’investigation et notamment l’Europe du Sud, Espagne, Italie, Portugal, Grèce, mais également les pays de l’Est. Et nous pensons aussi au Maghreb et notamment au marché algérien mais il nous faut trouver dans ces pays des partenaires dans le monde bancaire qui souhaiteraient tenter avec nous cette aventure.

Categorie(s): Entretiens

Auteur(s): Pierre Morville

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