S’opposer au régime n’est pas trahir la patrie !

Tsa; le Lundi 28 Decembre 2015
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L’unanimité avec laquelle les Algériens ont témoigné que Hocine Aït Ahmed était un géant, un grand dirigeant et un opposant fidèle à ses principes et à ses frères les martyrs et les Moudjahidine, a une signification. Elle constitue une reconnaissance claire de la part de la Nation, avec toutes ses composantes, que l’opposition au régime en Algérie n’est pas une trahison ou un péché comme le conçoit le pouvoir et ceux qui gravitent autour de lui. Au contraire, c’est une obligation et un devoir pour tous les fidèles aux sacrifices des hommes qui se sont dépensés pour que l’Algérie soit meilleure que ce qu’elle est aujourd’hui.
Tous les témoignages des politiques, des journalistes et des citoyens, que nous avons lus et entendus sur le moudjahid et militant Hocine Aït Ahmed, ont porté sur ses qualités. Ils ont réhabilité un homme hors pair qui était parmi les dirigeants de la Révolution durant la période coloniale, avant de devenir l’un des premiers militants pour la liberté et la démocratie au lendemain de l’indépendance. Il est resté fidèle à ses principes en dépit de toutes les tentatives de dénigrement et la remise en doute de son nationalisme, de sa loyauté et de sa fidélité envers ses compagnons de lutte.
Le plus étonnant est que beaucoup de ceux qui se sont précipités à énumérer les qualités de l’homme et à saluer son nationalisme après sa mort n’étaient pas tendres avec lui auparavant. Ils se sont employés, de longues années durant, à le dénigrer, à l’accuser de régionalisme et à ternir son image aux yeux des nouvelles générations. Tout cela parce qu’il était fidèle aux principes de Novembre, en refusant de se taire face aux atteintes à répétition subies par la patrie et le peuple à travers l’Histoire. Il ne voulait pas accepter non plus une autre alternative pour les Algériens en dehors de la démocratie et de la justice sociale, comme il rêvait de l’édification d’une Algérie pour tous.
Ceux qui ont détourné l’État aujourd’hui et qui veulent s’accaparer des qualités de l’héroïsme et la magnanimité doivent savoir qu’Aït Ahmed, un des dirigeants de la Révolution, ne peut pas être un traître parce qu’il s’est opposé aux pratiques de Ben Bella, Boumédiène, Chadli et Bouteflika. Il ne peut être traité de traître parce qu’il n’a pas accepté le coup d’État contre les principes de Novembre, la confiscation de la Révolution et de la volonté populaire, ainsi que l’étranglement des libertés et la violation du droit des citoyens à une vie digne.
Ils doivent savoir également qu’Aït Ahmed, le moudjahid et militant pour les libertés, la démocratie et la justice sociale, fidèle au combat de ses compagnons et aux principes de Novembre, ne peut être un traître à la Nation. C’est pour cela qu’il a refusé d’intégrer le système depuis l’indépendance, préférant l’exil volontaire à la complicité et à la participation au mal fait au pays à l’intérieur.
Ceux qui ont privatisé le nationalisme et ont réduit la patrie à une seule personne, tout en s’accaparant du pouvoir sur la base de la légitimité historique et révolutionnaire doivent connaître qui est Aït Ahmed. Ils doivent savoir que celui qui avait refusé l’offre du pouvoir de présider le Haut conseil de l’État après la démission de Chadli, n’est pas un traître ou un assoiffé du pouvoir, comme ils tentaient de le présenter. Il ne peut être, au contraire, qu’un homme démocrate qui respecte la légitimité et la volonté populaire.
Ceux qui prétendent s’attacher à l’unité nationale, doivent réaliser qu’on ne peut pas douter du nationalisme de celui qui a préféré défendre la patrie avant l’identité amazigh. On ne peut non plus l’accuser de traîtrise et de régionalisme, comme ils l’ont fait avec cet homme et comme ils l’ont présenté à l’opinion depuis l’indépendance. L’image qu’ils ont diffusée a fait croire qu’Aït Ahmed était un régionaliste, un raciste et un assoiffé du pouvoir.
Ceux qui appellent à un État civil aujourd’hui doivent se rappeler que l’homme était toujours contre un État policier et contre un État intégriste. Il était le premier à appeler à l’édification d’un État démocratique, basé sur la justice, la liberté et le respect de la volonté populaire. Il refusait toujours l’intervention de l’armée dans la vie politique, quand ceux-là appelaient l’institution militaire à intervenir.
Quand l’homme était encore en vie, le système lui a envoyé, à chaque occasion, ses « chiens » pour le mordre et l’accuser de traîtrise, de régionalisme et d’intelligence avec l’étranger. Des accusations qui sont lancées également, aujourd’hui, contre tous ceux qui osent critiquer le système corrompu actuel qui fait du pourri un bienfaiteur, du défaillant quelqu’un qui a réussi, du nationaliste un agent de l’étranger et de l’agent un amoureux de son pays. C’est un système où Amar Saâdani, Baha Eddin Tliba et Amar Ghoul sont devenus des héros, des donneurs de leçons qui parlent au nom de la patrie et qui s’attaquent aux hommes et aux femmes honnêtes et dignes de ce pays.
Le moudjahid Hocine Aït Ahmed n’a pas besoin d’être réhabilité comme le dit Saâdani. Son parcours, ses positions et son engagement parlent pour lui depuis longtemps. L’Histoire retiendra que l’homme n’a pas trahi sa patrie. Mais la même Histoire soulignera que les traîtres, aux yeux du peuple, sont ceux qui ont trahi le serment des martyrs et le message de Novembre ; ceux qui ont abusé de la confiance du peuple pour confisquer sa volonté et détourner ses deniers, tout en échouant dans la gestion de ses affaires. Les traîtres sont ceux qui ont détourné l’État, séquestré le Président, humilié le peuple et qui ont défendu et protégé les corrompus, les défaillants et les mauvais.
derradjih@gmail.com 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Hafid Derradji

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