Younil ou l’esthétique du mal

Tsa; le Mercredi 30 Decembre 2015
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Younil, c’est cet écrivain qui a attiré l’attention de la critique il y a quelques années et qui m’a toujours étonné par cette extrême particularité dans la littérature algérienne. Cette femme a une vision à part, elle a son monde intérieur qui décèle un élément important : la fascination et la répulsion de l’acte de mort.
Dans ce recueil, Younil s’enfonce dans la mentalité, la chair et la pulsion du tueur. N’importe lequel. Je dirai qu’il s’agit du tueur universel. Elle analyse, décortique et questionne cet être qui donne la mort aux autres et en jouit. Il peut être japonais, ouvrier, militaire, tueur à gages. Il peut être terroriste, paysan, croque-mort. En effet le recueil balaye un large spectre de tueurs du monde entier, de tous les métiers et de toutes les couches sociales.
Le questionnement dans chaque nouvelle, c’est : pourquoi cette fascination, cette pulsion et ce désir irrépressible de l’homme à aimer à tuer. Ainsi on rentre dans un monde intérieur glauque et malsain ; brouillé et insondable, terrifiant et jubilatoire.  Younil ne perd pas de vue que le tueur tue le plus souvent des femmes et que les femmes face à leur bourreau sont parfois passives. Et c’est cette passivité qu’interroge Younil car elle comporte une acceptation, une certaine perversité devant le désir du tueur qui considère le féminin comme « quelque chose » qui n’existe pas et qu’il faut donc « réduire à son essence passive : à la mort », écrit Mohamed El Amraoui, dans une superbe préface au recueil.
Livre dérangeant et intelligent, il vaut tous les romans policiers et tous les films d’horreur, avec – en prime une suavité perverse qui rend l’ensemble palpitant et attirant.
Un livre rare et étincelant d’intelligence et de finesse, au style magnifique.
 « La lueur du sang », Younil, Editions Aglaë.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rachid Boudjedra

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